Par Romain Cheiko, Fondateur de Demvite · Publié le
L'essentiel
Un piano droit pèse de 170 à 230 kilos sur les fiches des constructeurs, un piano à queue de 320 à près de 500. Il ne se porte pas : une équipe le roule sur un chariot, le glisse sur une planche dans l'escalier et le hisse au hayon, et il ne quitte le sol que le temps des marches. Un droit voyage debout, un queue sur le flanc, pieds et lyre déposés, et rien ne se démonte pour l'alléger. Ce qui décide de la journée, c'est le chemin : le virage d'un palier, une marche de trottoir, l'endroit où le camion peut s'arrêter. L'accord, lui, se fait quelques semaines après, une fois l'instrument installé dans son nouveau climat.
Où est le poids d'un piano
Un piano pèse ce que pèse ce qui tient ses cordes. Environ 230 cordes d'acier y sont tendues, et leur tension cumulée approche les vingt tonnes : la seule pièce capable de retenir cela est une plaque de fonte coulée d'un seul tenant, le cadre, vissée sur la table d'harmonie. C'est lui qui fait l'essentiel de la masse, et sa place dans la caisse explique tout ce qui suit.
Dans un droit, le cadre est vertical et plaqué au dos de la caisse : le centre de gravité est haut et en arrière, et un droit qu'on bascule sans savoir où est son dos part tout seul. C'est pourquoi une équipe le prend toujours par les côtés, à deux, avant de le pencher. Dans un queue, le cadre est horizontal et repose sur trois pieds vissés : le poids est bas, mais il tient sur trois points fragiles, et c'est pourquoi un queue ne se transporte jamais sur ses pieds.
| Type | Exemple | Encombrement | Poids |
|---|---|---|---|
| Droit d'étude | Yamaha b1 | 109 cm de haut, 148 × 54 cm | 174 kg |
| Droit | Yamaha U1 | 121 cm de haut, 153 × 61 cm | 228 kg |
| Quart de queue | Yamaha C3X | 186 cm de long, 149 cm de large | 320 kg |
| De concert | Yamaha CFX | 275 cm de long, 160 cm de large | près de 490 kg |
Ces chiffres se lisent avec ceux du portage. Le guide sur le transport d'objet lourd détaille ce que la loi et la norme admettent par personne ; il suffit de retenir ici qu'à 228 kilos, le plus courant des pianos droits dépasse à lui seul ce que quatre salariés sont censés porter ensemble de façon habituelle. Une équipe ne le porte donc pas. Elle le roule, elle le glisse, et elle ne le soulève que là où elle ne peut pas faire autrement.
Droit ou queue : deux objets qui ne voyagent pas pareil
La question « comment déménager un piano » a deux réponses, et le mot piano les cache. Un droit est une armoire lourde et haute, qui reste debout du salon au camion. Un queue est un plateau de fonte sur trois pieds, qui se couche. Ce qu'on retire, la face qu'on présente aux portes, le nombre de bras et ce qu'il reste à faire à l'arrivée changent avec le type.
| Ce qui change | Piano droit | Piano à queue |
|---|---|---|
| Comment il voyage | Debout sur un chariot, puis sur une planche dans l'escalier | Sur le flanc, sur une planche, pieds et lyre déposés |
| Ce qui se démonte | Rien qui change le poids | Les trois pieds et la lyre ; parfois le couvercle |
| La face qu'on présente | Sa profondeur, autour de 60 cm | Sa hauteur de caisse une fois couché, autour d'un mètre |
| Le point faible | Le dos, les roulettes, le couvercle | Les pieds, le couvercle, la lyre |
| Les bras habituels | Trois au moins, dont un qui guide | Quatre au moins |
| À l'arrivée | Il repart sur ses roulettes | Pieds et lyre se remontent dans l'ordre inverse du démontage |
Le tableau dit une chose que la plupart des pages omettent : on ne démonte pas un piano pour l'alléger. Retirer le cylindre, les pédales ou les panneaux d'un droit fait gagner quelques kilos sur plus de deux cents, expose la mécanique, et se paie au remontage. Sur un queue, le démontage a une autre raison, qui n'est pas le poids : les pieds ne sont pas faits pour être poussés de côté, et la lyre encore moins.
Ce que fait une équipe, de la pièce au camion
Voici le trajet dans l'ordre, tel qu'une équipe le fait. Chaque étape a une raison, et chaque raison est une casse que quelqu'un a vue arriver.
Fermer, sangler, couvrir
Ce que fait l'équipe → Le couvercle et le cylindre sont fermés et maintenus, les pédales protégées, puis l'instrument est enveloppé dans une housse ou des couvertures tenues par des sangles.
Ce qui casse sans → Un couvercle qui s'ouvre dans l'escalier, un angle de vernis, et les pédales, qui dépassent et prennent tout.
Le mettre sur roues, ou sur sa planche
Ce que fait l'équipe → Un droit est soulevé d'un côté le temps de glisser un chariot dessous. Un queue est d'abord délesté de sa lyre puis de ses pieds, et couché sur le flanc, côté grave, sur une planche sanglée.
Ce qui casse sans → Les roulettes d'origine ne roulent pas : elles marquent le sol et se bloquent. Un pied de queue dévissé dans le mauvais ordre, et l'instrument bascule.
L'escalier, marche par marche
Ce que fait l'équipe → Sur la planche, retenu par des sangles, le poids porté en bas et retenu en haut, une marche à la fois, avec un porteur qui ne fait que guider.
Ce qui casse sans → C'est le seul moment où le piano quitte vraiment le sol, et le seul où un dos porte plus que ce qu'un corps est fait pour prendre.
Le trottoir, puis le hayon
Ce que fait l'équipe → On roule, on ne porte pas : chariot jusqu'au camion, plaques si le sol est meuble, et un hayon élévateur pour les derniers centimètres.
Ce qui casse sans → Un pavé, une grille d'arbre ou une marche de trottoir arrêtent net une roue, et le piano continue.
Dans le camion, arrimé
Ce que fait l'équipe → Un droit voyage debout, dos contre la paroi, sanglé sur une couverture ; un queue voyage sur sa planche, flanc au sol, pieds et lyre à part et repérés.
Ce qui casse sans → Un instrument qui bouge de dix centimètres au premier rond-point prend le choc que tout le reste avait évité.
Un piano ne se porte pas, il se roule et il se glisse. Ce qui distingue une équipe, c'est le nombre de mètres que l'instrument passe en l'air : le moins possible.
Un piano, on ne le porte pas, on le roule. La seule fois où il quitte le sol, c'est dans l'escalier, et là, celui qui est en bas a tout le poids sur lui. C'est pour ça qu'on n'y met jamais le client, même quand il propose.
Deux détails de cette liste séparent une équipe qui a l'habitude d'une équipe qui découvre. Le premier est le dos : c'est la face la plus solide d'un droit, faite de montants massifs, et c'est sur elle qu'il se couche sur la planche pour l'escalier, jamais sur le clavier. Le second est le chariot, dont les roues larges et souples ne marquent pas un parquet, là où les roulettes d'origine le rayent en dix centimètres.
L'escalier décide, pas l'étage
Un troisième étage sans ascenseur n'est pas ce qui fait échouer un transport de piano. Ce qui l'arrête, c'est un palier trop court pour tourner, une porte de cage plus étroite que celle de l'appartement, une rampe qui prend dix centimètres, une marche de trottoir devant l'immeuble. Tout cela se mesure la veille, et la méthode est celle du guide est-ce que le meuble passe : la plus petite face de l'objet contre le passage le plus étroit, et de quoi pivoter à chaque virage.
Pour un droit, la plus petite face est sa profondeur, une soixantaine de centimètres : il passe presque toutes les portes de face, et c'est le demi-tour du palier qui le bloque, parce qu'il faut alors sa largeur, un mètre cinquante. Pour un queue couché sur le flanc, la face utile est la hauteur de la caisse, autour d'un mètre : c'est la porte qui devient la question, pas le palier.
Quand ni l'escalier ni l'ascenseur ne le prennent, il reste la façade, et elle a une limite que peu de gens connaissent : un monte-meuble est donné pour une charge utile, 400 kilos sur un modèle courant monté sur camion. Cela prend un droit et la plupart des quarts de queue, et pas un piano de concert. Au-delà, c'est une grue, et une autre demande.
Après le transport : l'accord et le climat
Un piano qui vient d'être déplacé sonne faux, et ce n'est pas la faute du transport. Sa table d'harmonie est une planche d'épicéa de quelques millimètres, tendue sous les cordes, qui gonfle et se rétracte avec l'humidité de la pièce : elle change de forme en changeant de logement, et la tension des cordes suit. Le désaccord vient du nouveau climat, pas des secousses du camion, ce qui explique qu'un instrument déplacé d'une pièce à l'autre du même appartement bouge lui aussi.
La conséquence pratique est de ne pas appeler l'accordeur le lendemain, et de choisir l'emplacement avant l'arrivée plutôt qu'après. Le constructeur dit où poser l'instrument : jamais contre un mur extérieur mal isolé, ni près d'une fenêtre au soleil, d'un radiateur ou d'une bouche d'aération, dans une pièce dont l'humidité reste stable. Un piano qu'on déplace deux fois dans le mois se règle deux fois.
Ni l'accord ni l'installation ne relèvent du transporteur. Ce qu'il doit, c'est un instrument arrivé sans choc, posé sur ses roulettes ou remonté sur ses pieds là où vous l'avez dit, et c'est déjà tout un métier.
Ce qu'un porteur doit savoir avant de chiffrer
Un porteur de piano ne devine rien au téléphone, et ce qu'il découvre sur place, il le paie en temps ou il le refuse. Ce qui lui manque tient en six lignes, et ce sont exactement celles que les demandes oublient.
- Le type d'instrument et sa taille : droit, quart, demi ou trois-quarts de queue, avec la hauteur ou la longueur
- La marque et le modèle, qui donnent le poids sur une fiche plutôt qu'à l'estime
- L'étage de départ et d'arrivée, l'ascenseur et ses cotes, la forme de l'escalier et de ses paliers
- La distance entre la porte et l'endroit où un camion peut vraiment s'arrêter, des deux côtés
- Une marche, un seuil, un pavé ou une pente entre la porte et la rue
- La pièce d'arrivée, et si l'instrument doit y être remonté sur ses pieds
Ces six lignes séparent un devis tenu d'un porteur qui repart. Elles disent aussi quelque chose sur qui répond : une équipe qui demande le modèle et la forme de l'escalier avant de chiffrer est une équipe qui a déjà descendu des pianos.
