Transporter un objet lourd : ce qui décide, avant le nombre de bras

Un coffre-fort, un plateau de marbre, un réfrigérateur américain, un billard : ce qui les rend difficiles n'est pas qu'ils pèsent, c'est qu'on ne sait pas combien, ni où. Le poids est écrit quelque part, ce qu'un corps peut en prendre est écrit ailleurs, et ce qui casse en route est propre à chaque objet. Trois lectures, avant de compter les bras.

  • Le poids d'un objet est presque toujours écrit : sur sa plaque, sur sa fiche, ou dans la densité de sa matière
  • La loi fixe ce qu'un porteur peut prendre, et un objet lourd la dépasse dès le premier
  • Ce qui casse change avec l'objet : le tambour, le compresseur, la plaque de pierre, le plancher

Par Romain Cheiko, Fondateur de Demvite · Publié le

L'essentiel

Un objet lourd se transporte en répondant à cinq questions, dans l'ordre : combien il pèse réellement, lu sur sa plaque ou sa fiche ; combien de porteurs et quel matériel, sachant que la loi n'admet pas plus de 55 kilos par salarié de façon habituelle et que la norme d'ergonomie s'arrête à 25 ; par où il passe ; ce que le sol et les marches supportent, un plancher d'habitation étant calculé pour 150 kilos par mètre carré ; et ce qui casse dans cet objet-là, tambour, compresseur, pierre ou porte de coffre. Au-delà de deux porteurs, on ne porte plus : on roule, on glisse, on mécanise. Le reste se prépare la veille, avec un mètre, une notice et un calcul.

Combien ça pèse, vraiment

La première cause d'échec n'est pas le poids, c'est le poids deviné. Presque tout objet lourd porte le sien : sur la plaque signalétique d'un appareil, dans sa fiche produit, sur l'étiquette rivetée à l'intérieur de la porte d'un coffre-fort, dans la notice d'une machine. Le relever prend deux minutes, et il remplace l'estimation « dans les cent kilos » qui fait venir deux personnes là où il en fallait quatre et un chariot.

ObjetExemplePoids annoncé
Réfrigérateur américainSamsung RS65R5401SL, 635 litres107 kg
Coffre-fort domestiqueHartmann MB 60, 55 litres, classe S266 kg
Piano droitYamaha U1228 kg
BillardToulet 2,20 m, ardoise de 20 mm ; Chevillotte 2,60 m, ardoise de 40 mmenviron 250 kg ; environ 450 kg
Plateau de marbre2 m × 0,9 m sur 3 cm, à 2 750 kg/m³près de 150 kg
Quelques poids relevés sur les fiches des fabricants, liées en sources. Leur point commun : aucun ne se devine à l'œil.

Deux lignes de ce tableau surprennent. Le coffre-fort d'abord : son poids ne suit pas son volume mais sa classe, c'est-à-dire l'épaisseur de ses parois. Un petit coffre certifié pèse ce que pèse un lave-linge ; un coffre de classe supérieure, de même volume, pèse plusieurs fois plus, et seule sa plaque le dit. Le billard ensuite : ce qui pèse est l'ardoise, et elle se démonte en une ou trois pièces selon le modèle, ce qui change tout pour l'escalier.

Pour la pierre, il n'y a pas de fiche, mais il y a un calcul. Un marbre ou un granit pèse autour de 2 750 kilos par mètre cube, une pierre calcaire un peu moins : longueur par largeur par épaisseur, multipliées par ce chiffre, donnent le poids d'un plateau, d'une cheminée ou d'un dessus de commode à quelques kilos près. Un plateau de deux mètres sur trois centimètres d'épaisseur approche les 150 kilos, et il n'a ni poignée ni point où le tenir.

Ce que la loi laisse porter à une personne

Le Code du travail fixe la limite pour un salarié, et elle est plus basse que ce que les gens imaginent. Quand la manutention manuelle ne peut pas être évitée, un travailleur ne peut porter de façon habituelle plus de 55 kilos qu'après avoir été reconnu apte par le médecin du travail, et jamais plus de 105. La norme d'ergonomie que l'Assurance maladie recommande, la NF X35-109, descend plus bas encore : 15 kilos comme valeur acceptable, 25 comme maximum sous conditions.

Ces chiffres ne s'appliquent pas à un particulier qui déplace ses propres affaires, et ils ne disent pas qu'un porteur s'effondre au cinquante-sixième kilo. Ils disent ce que le corps supporte dans la durée, et ils expliquent une chose qu'on voit sur tous les chantiers : au-delà de deux personnes, on ne porte plus. On roule sur un diable ou un chariot, on glisse sur des plaques, on monte l'escalier avec un monte-escalier électrique à chenilles, donné pour 400 kilos sur les modèles courants. Le nombre de bras cesse d'être la variable ; c'est le matériel qui l'est.

Ce qui m'inquiétait sur un coffre-fort, ce n'était jamais le poids, c'était le chemin. Trois marches en bois devant la porte, une cave en pente, et personne ne les avait mentionnées : on découvrait ça en arrivant, avec le camion garé deux rues plus loin.
Romain Cheiko, fondateur de Demvite, fils de déménageur

Le sol compte autant que les bras

Un plancher d'habitation est dimensionné par une règle que personne ne lit en dehors des bureaux d'études. L'Eurocode 1 fixe, pour les logements, une charge d'exploitation répartie de 1,5 kilonewton par mètre carré, soit environ 150 kilos, et une charge concentrée de 2 kilonewtons, environ 200 kilos, appliquée sur un carré de cinq centimètres de côté n'importe où sur le plancher.

Un coffre-fort de 300 kilos sur quatre pieds, un monte-escalier qui pose 400 kilos sur une seule marche, un billard dont l'ardoise concentre tout sur six pieds : ces charges sont au-delà de ce que le texte suppose. Cela ne veut pas dire que le plancher cède, les structures ont des marges et une charge se répartit ; cela veut dire que la question appartient à la demande, surtout dans un immeuble ancien à solives bois, sur une mezzanine, un balcon, ou des marches d'escalier en bois.

En pratique, une équipe répartit : des plaques ou des planches sous les roues, un objet qui reste sur son chariot jusqu'au dernier mètre, et un sol protégé, moins pour le parquet que pour ce qu'il y a dessous. Et un coffre-fort domestique commence par être détaché : la certification A2P impose l'ancrage des coffres de moins d'une tonne, au sol ou dans un mur porteur, donc le vôtre est très probablement chevillé, et le déchevillage vient avant tout le reste.

Par où il passe : la même question que pour un canapé

Le chemin se mesure comme pour n'importe quel meuble, et le guide est-ce que le meuble passe donne la méthode : la plus petite face de l'objet contre le passage le plus étroit, porte ouverte et entre les montants, puis de quoi pivoter à chaque palier. Ce qui change avec un objet lourd, c'est qu'aucune des solutions habituelles ne rattrape une erreur : on ne tourne pas un coffre-fort à bout de bras dans un palier, et on ne redescend pas un réfrigérateur de trois marches pour réfléchir.

Deux objets ont leur guide propre, parce qu'ils ne voyagent pas comme les autres : le piano, qui se roule debout ou se couche sur le flanc selon qu'il est droit ou à queue, et le meuble qui ne passe pas du tout, pour lequel la réponse est la façade. Un monte-meuble prend une charge utile fixée par son constructeur, 400 kilos sur un modèle courant sur camion : cela couvre un coffre domestique, un piano droit ou un billard démonté, et pas une machine d'atelier.

  1. Combien pèse-t-il, vraiment ?

    Où ça se lit → La plaque signalétique, la fiche du fabricant, la notice. Pour la pierre, le volume multiplié par sa masse volumique.

    Ce que ça change → Le nombre de bras, le matériel, et si l'équipe charge ou revient : un poids deviné à la moitié fait repartir un camion.

  2. Combien de porteurs, et avec quoi ?

    Où ça se lit → Le poids divisé par ce qu'un corps peut prendre : 25 kilos pour le tenir toute une journée, 55 pour la loi.

    Ce que ça change → Au-delà de deux porteurs, on ne porte plus : on roule, on glisse, on mécanise. Diable, chariot, monte-escalier.

  3. Par où passe-t-il ?

    Où ça se lit → Sa plus petite face contre le passage le plus étroit, et de quoi tourner à chaque palier.

    Ce que ça change → Un chemin qui ne passe pas se résout par la façade ou par le démontage, jamais par la force.

  4. Le sol et les marches tiennent-ils ?

    Où ça se lit → Un plancher ancien, une marche en bois, un balcon, une mezzanine : ce sur quoi tout le poids repose sur quelques centimètres carrés.

    Ce que ça change → On répartit : plaques, planches, et un objet qui reste sur ses roues jusqu'au dernier mètre.

  5. Qu'est-ce qui casse en route ?

    Où ça se lit → La notice : tambour à brider, compresseur à laisser reposer, pierre à tenir sur chant, porte de coffre à verrouiller.

    Ce que ça change → Ce qui se prépare la veille, et ce que l'équipe doit savoir pour caler l'objet, et pas seulement le porter.

Les deux premières questions se règlent avec une fiche et une calculette. Les trois autres se règlent avec un mètre, la veille, et c'est là que les journées se gagnent ou se perdent.

Ce qu'une équipe vérifie avant de charger, dans l'ordre. La plupart des demandes ne répondent qu'à la première, et à moitié.

Ce qui casse, objet par objet

Le poids se règle avec du matériel. Ce qui ne se règle pas avec du matériel, c'est la fragilité propre à chaque objet, et elle est écrite dans la notice que personne ne rouvre. Un lave-linge, un réfrigérateur, une plaque de pierre et un coffre-fort ne cassent pas au même endroit, et ce qui les protège se fait la veille, pas sur le trottoir.

ObjetCe qui casseAvant le passage de l'équipe
Lave-lingeLe tambour, qui bat dans la cuve pendant le trajetRemettre les cales de transport livrées avec l'appareil, gardées pour cela
Réfrigérateur, congélateurLe compresseur, si son huile a migré pendant un transport couchéDébranché et vidé la veille, dégivré, et il voyage debout ou à peine incliné
Coffre-fortLe plancher, le seuil, et le dos de celui qui le tientDéchevillé, vidé, porte fermée à clé, clé à part
Marbre, granit, verre épaisLa plaque elle-même, qui casse en flexion et non en compressionSur chant, calée, jamais à plat sous d'autres objets
BillardL'ardoise, et le drap tendu dessusDémonté : drap et bandes déposés, ardoise séparée en ses pièces, pieds à part
Machine d'atelierLes réglages, et tout ce qui dépasseVidangée, fixée sur palette, points d'élingage repérés, remise en service prévue après
Ce qui abîme chaque objet en transport, et ce qui se prépare avant que l'équipe arrive. Les lignes lave-linge et réfrigérateur renvoient aux notices citées en sources.

Deux lignes valent un mot de plus. Les cales du lave-linge existent pour ça : Bosch demande de les retirer à la réception, de les garder, et de les remettre pour un déménagement, faute de quoi le tambour cogne la cuve à chaque virage. Et le réfrigérateur ne se rebranche pas en arrivant : Liebherr demande le transport debout ou à peine incliné, puis un temps de repos avant la remise en marche, quelques heures pour un appareil resté debout et une journée entière s'il a voyagé couché, le temps que l'huile redescende dans le compresseur.

Reste ce qui casse malgré tout. Un transporteur professionnel répond de la perte et des avaries de ce qu'il déplace, hors force majeure et vice propre de l'objet, et aucune clause d'un devis ne peut l'en dispenser ; ce qui se discute, c'est la valeur déclarée à partir de laquelle la garantie monte, comme l'explique le guide sur ce qui fait le prix d'un déménagement. Un coup de main entre voisins n'a rien de tout cela.

Questions fréquentes

Ce qu'on nous demande le plus

Mon déménagement comprend un coffre-fort : faut-il une demande à part ?

Non. Toute demande sur Demvite comporte la case « objet lourd ou délicat », et la cocher oblige à nommer l'objet : c'est ce que les déménageurs lisent avant de répondre, et ce qui leur permet d'arriver avec le matériel au lieu de le découvrir. Une demande séparée n'a de sens que si l'objet part à une autre adresse que le reste.

Peut-on mettre un objet lourd dans un utilitaire de location ?

Le volume n'est pas le problème, la charge l'est. Un utilitaire conduit avec un permis B est plafonné à 3,5 tonnes en charge, véhicule compris : ce qui reste pour le chargement est la différence avec son poids à vide, écrit sur la carte grise, et le guide sur la location d'un camion détaille ce plafond. Hisser un coffre à la main sur un plateau situé à un mètre du sol est exactement l'opération que le matériel existe pour éviter.

Un spa, un aquarium : objet lourd ou pas ?

Vide, c'est un objet encombrant et fragile ; plein, chaque litre pèse un kilo, et un aquarium de 300 litres devient un bloc de plus de 300 kilos que rien ne permet de tenir. On vide, on démonte ce qui se démonte, et on donne les dimensions plutôt qu'un poids qui n'a plus de sens une fois l'eau partie.

Le porteur remet-il l'objet en place, ou le dépose-t-il devant la porte ?

Ce que couvre la prestation se dit dans la demande. La pièce d'arrivée, l'emplacement exact, le rechevillage d'un coffre ou le remontage d'un billard sont des opérations distinctes, que certains font et d'autres non. Le chemin à l'intérieur du logement d'arrivée est ce que les demandes oublient le plus, alors que c'est la même marche, le même palier et le même plancher qu'au départ.

Lexique

Le vocabulaire que ce guide emploie, quand le mot ne dit pas ce qu'on croit ou ne se devine pas. Les définitions viennent des sources citées plus bas.

Élingage
Le passage des sangles ou des câbles qui permettent à un engin de soulever une charge. Les points d'élingage sont les endroits d'une machine prévus pour cela.
Plaque signalétique
L'étiquette métallique ou autocollante fixée sur un appareil, qui porte son modèle, sa tension et souvent son poids net.
Sur chant
Debout sur sa tranche, et non à plat. C'est ainsi qu'une plaque de pierre ou de verre voyage, parce qu'elle tient en compression et casse en flexion.

Sources

Chaque information de ce guide vient de l'une de ces sources publiques. Les règles citées peuvent évoluer : la date de mise à jour ci-dessus indique la dernière vérification.

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